Foot
: la justice met son nez dans les comptes de Sedan
Pascal
Urano, président du CSSA, devra-t-il répondre devant la justice de faux bilan ?
A l'origine du délit présumé, un différend entre la ville de Sedan et le club
sur le coût d'utilisation du stade.
LA Direction nationale
du contrôle de gestion (DNCG), gendarme financier du football professionnel, se
félicitait la semaine dernière, de l'amélioration des comptes. Le satisfecit s'adressait
également au Club Sportif Sedan-Ardennes, malgré un déficit de 1,19 M€ au
30 juin 2004. Mais voilà que la justice ardennaise met en doute la sincérité
du bilan comptable du CSSA. Pascal Urano, le président du club, membre du conseil
d'administration de la Ligue nationale de football, a été interrogé pendant trois
heures hier par la police judiciaire de Reims. Il sera vraisemblablement convoqué
dans les deux mois pour répondre devant le tribunal correctionnel de faux bilan,
un délit passible d'une peine maximum de cinq ans de prison et 375.000 €
d'amende. Un débiteur plutôt patient Cette citation directe plutôt qu'une
mise en examen évite l'ouverture d'une enquête et s'apparente à une procédure
accélérée. L'affaire remonte à fin 2004. Jean-Paul Rigo, maire adjoint de Sedan
et délégué à la sécurité, met en cause les relations entre la municipalité et
le CSSA : « Le 9 octobre 2000, lors de la mise en service du stade
Dugauguez, Jean-Paul Bachy, le maire, était mandaté pour finaliser et signer une
convention de mise à disposition des installations du stade au CSSA. Il a fallu
attendre le 18 mars 2002 pour que le conseil municipal entérine la convention.
Pendant des mois, la ville n'est pas parvenue à se faire payer et elle n'a pas
bougé. » La convention qui permet de partager le coût d'entretien et de
gardiennage du stade prévoit une redevance de 375.300 € versée par le club
de football. La ville prend à sa charge 228.700 €. Jean-Paul Rigo accuse
le club de rechigner à payer sa quote-part. Ces dépenses ne figureraient pas dans
la colonne provisions du bilan-comptable du club. Dominique Billaudelle, maire
de Sedan depuis l'élection de Jean-Paul Bachy à la tête du conseil régional, relativise :
« Sur les 2.196.734,65 € d'investissement que le club devait à la ville
sur deux ans, 95,84 % ont été réglés. » . Sanctions sportives ? En
janvier 2005, contraint par une procédure de saisie-arrêt, le club s'est acquitté
deux fois de la somme de 622.550 €. Il ne reste plus qu'une redevance impayée
du 14 septembre 2004, selon la ville. « La dette totale du club vis-à-vis
de la municipalité se monte à 500.000 €», dénonce au contraire Jean-Paul
Rigo, qui promet un conseil municipal plutôt houleux le 29 mars. Si une condamnation
intervenait pour faux bilan, le club de Sedan pourrait-il encourir les foudres
de la Ligue de football professionnel ?Le CSSA est actuellement 3e au classement
provisoire de L2 et toujours en course pour l'accession en L1. Les sanctions sportives
vont de l'interdiction de recruter à la rétrogradation en division inférieure. La
situation n'en est pas là. « Les sommes en jeu paraissent assez faibles par
rapport au budget du club (ndlr : de l'ordre de 8,5 M€ pour la saison
2004-2005). Il faudrait qu'il y ait une volonté de frauder, de dissimuler un passif
et que la situation financière du club soit catastrophique », indiquait hier
un membre de la DNCG. Christophe Perrin